L’abbé Joseph Thibeault
2006

Innovateur

Natif de Notre-Dame-des-Éboulements, l’abbé Joseph Thibeault fut, entre 1928 et 1948, curé de Sainte-Zoé-des-Bergeronnes (aujourd’hui municipalité de Bergeronnes, 24 km à l’est de Tadoussac). Sorte de «curé Labelle» de la Côte-Nord, l’abbé Thibeault marqua profondément sa région, multipliant les initiatives pour la moderniser (conférences sur l’agriculture, ferme modèle, école technique, etc.). Six décennies après son départ, les aînés parlent encore de lui. La région était à cette époque pratiquement dépourvue d’infrastructure routière, laissant les communautés livrées à elles-mêmes en hiver. Seul un service de «snowmobiles» desservait tant bien que mal certains villages. Jugeant cette situation inacceptable, l’abbé Thibeault fit ouvrir un terrain d’aviation à Grandes-Bergeronnes (grâce à un tracteur transporté de Chicoutimi sur une barge) et opéra entre 1937 et 1948 un service aérien innovateur à vocation principalement humanitaire, destiné à venir en aide aux communautés isolées de la côte. Désigné plus tard Compagnie d’Aviation Charlevoix-Saguenay, le service débuta avec un seul avion de type Travel Air 4000 (CF-ABI, piloté par Rodolphe Pagé). À peine rénuméré, le travail consistait surtout à évacuer vers les hôpitaux de Rivière-du-Loup ou de Chicoutimi les blessés, malades et femmes éprouvant des grossesses difficiles, à transporter médicaments, nourriture, etc.

« Jugeant cette situation inacceptable, l’abbé Thibeault fit ouvrir un terrain d’aviation à Grandes-Bergeronnes (grâce à un tracteur transporté de Chicoutimi sur une barge) et opéra entre 1937 et 1948 un service aérien innovateur à vocation principalement humanitaire, destiné à venir en aide aux communautés isolées de la côte. »

Temporairement suspendu durant la guerre, le service reprit en 1944, ajoutant à sa flotte un Stearman C3B (G-CARR), un Bellanca Skyrocket, un DH-82 Tiger Moth et quatre bimoteurs Avro Anson V, acquis du surplus de guerre (CF-EZO, CF-FGK, CF-GEF, CF-GES). Prenant peu à peu des allures de véritable compagnie aérienne, le service assurait désormais le transport d’arpenteurs, de bûcherons, etc. Il en coûtait 8$ pour traverser le fleuve. La compagnie offrait une rare opportunité de travail à plusieurs jeunes aviateurs talentueux appelés à marquer plus tard l’aviation québécoise, tels Gilles Simard, Charles Fortin, Lucien Lavigueur, Pierre Queneau. De cette période, Gilles Simard dira plus tard: «Le curé Thibeault nous aimait tellement. Il nous engueulait tout le temps, mais il nous prenait pour ses enfants. Ce n’était pas une question d’argent. Pour lui, c’était le secours à la population […] Prendre trois jours pour se rendre à Chicoutimi quand on faisait ça en 35 minutes avec l’avion… Alors après Dieu, je pense bien que c’était les pilotes». Malheureusement, en 1948, l’incendie du hangar principal abritant les avions porta un coup fatal à la compagnie, qui n’était pas assurée adéquatement, mettant fin à ses activités.

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