David St-Jacques, astronaute


« J’ESPÈRE PRENDRE LE TEMPS D’APPRÉCIER CE QUI SE PASSE »

À quatre jours de son envol pour la Station spatiale internationale, en direct d’un hôtel du Kazakhstan où il se trouve en quarantaine, David Saint-Jacques a répondu hier aux questions des médias pour la toute dernière fois avant son départ. Et s’il a admis avoir parfois peur face aux dangers de l’espace, sa plus grande crainte est tout autre : être trop happé par le travail pour réaliser l’aspect extraordinaire de son séjour dans l’espace.

PHILIPPE MERCURE LA PRESSE

Ses bagages sont déjà à bord de la Station spatiale internationale. Il a embrassé ses trois enfants et son épouse pour la dernière fois avant sept mois. Et depuis le 19 novembre, David Saint-Jacques se trouve en quarantaine dans un hôtel de Baïkonour, au Kazakhstan, afin d’éviter qu’il ne contracte un virus avant le grand départ prévu pour lundi matin.

Lors d’une vidéoconférence donnée depuis une petite salle ornée de photos d’anciens astronautes, le Québécois a affirmé ne pas se tourner les pouces dans l’attente de quitter la Terre.

« Mon état d’esprit, en ce moment, est la concentration. Je ne suis pas encore dans l’anticipation active. J’ai encore des détails pratiques à régler – mon ordinateur de bord, ma documentation, des derniers messages à envoyer à des amis et des parents », a-t-il précisé.

« Je suis comme un alpiniste qui est au dernier jour d’une longue ascension et qui ne veut pas trébucher avant d’atteindre le sommet. » — David Saint-Jacques

Hier, David Saint-Jacques est allé voir la fusée Soyouz qui l’amènera dans l’espace. Il a essayé la combinaison russe Sokol qu’il portera lors du décollage et a testé l’équipement qu’il utilisera. « Tout est impeccable et nous sommes en grande forme », assure-t-il.

L’astronaute s’est dit « touché » de voir à quel point les Russes sont attachés aux nombreux rituels qui entourent le lancement d’une fusée. « Il y a quelque chose de presque sacré dans ça. […] Comment vous vous habillez, ce que vous dites, où vous allez à quel moment… Les mêmes photos sont prises aux mêmes endroits », raconte-t-il. Il dit avoir été particulièrement ému en plantant un arbre dans l’allée des Cosmonautes, tout près de l’hôtel où il se trouve, un rituel accompli par chaque astronaute qui va dans l’espace pour la première fois.

Les trois enfants de l’astronaute (ils ont 2, 5 et 7 ans) et son épouse feront le voyage vers Baïkonour pour assister au départ. Mais quarantaine oblige, les adieux se feront à travers une vitre. Y a-t-il eu un événement spécial, en chair et en os, avant que papa ne parte pour le Kazakhstan ?

« Mes enfants sont tout petits, alors on s’est efforcé de passer les dernières journées les plus normales possible – c’est plus rassurant pour eux comme ça, je crois, répond David Saint-Jacques. J’ai essayé de leur faire comprendre au mieux de leurs capacités et compte tenu de leur âge respectif que je partais pour un très long voyage. Je leur ai dit qu’on allait pouvoir se voir, mais pas s’embrasser. Ils ont compris. »

GÉRER LA PEUR

L’astronaute ne l’a jamais caché : il est impossible de nier la peur quand on fait un métier aussi dangereux que celui d’astronaute. Le 11 octobre dernier, le vol raté de la dernière capsule Soyouz habitée est venu rappeler les risques inhérents au fait d’aller dans l’espace. Le cosmonaute russe Alexeï Ovtchinine et l’astronaute américain Nick Hague ont réussi à revenir sur Terre sains et saufs après l’explosion de leur fusée, mais n’ont jamais pu gagner la Station spatiale internationale.

« Il est évident que les vols spatiaux sont dangereux. Ce qui est arrivé à mes amis Nick et Alexeï démontre encore une fois qu’il faut porter attention à chaque détail. Cela fait partie de notre travail. Ce n’est pas une source de peur, mais bien de concentration. » — David Saint-Jacques

À l’anxiété qu’il dit parfois ressentir, l’astronaute dit répondre par l’entraînement. « Les astronautes, on se méfie de la pensée positive, dit-il. On ne peut pas juste espérer que tout aille bien. On passe du temps à se demander ce qui se passerait si ça allait mal, et pire, et encore pire. Une fois qu’on a envisagé le pire et qu’on est convaincu qu’on saurait quoi faire, là on peut espérer que tout aille bien. »

Les moments critiques de sa mission ? L’astronaute mentionne l’amarrage de la capsule Soyouz à la Station spatiale internationale, une tâche de 10 minutes à laquelle il dit avoir consacré la moitié de son temps d’entraînement des deux dernières années et demie. Il y a aussi la manipulation du bras canadien pour attraper les vaisseaux cargos qui ravitaillent la station… et une éventuelle sortie dans l’espace qui pourrait s’avérer nécessaire pour effectuer des réparations ou de l’entretien.

Mais étonnamment, à quelques jours du départ, David Saint-Jacques affirme que sa plus grande crainte n’est pas liée aux dangers du voyage.

« S’il y a une chose dont j’ai peur, connaissant ma personnalité, c’est que quand j’ai une tâche à faire, je m’y plonge complètement. J’espère avoir la lucidité de lever la tête de temps en temps, de regarder autour et d’apprécier le moment. J’espère prendre le temps d’apprécier ce qui se passe et réaliser l’aspect extraordinaire de l’expérience.»




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